Le voyage ne fait que commencer mais je pense que ce trajet de bus restera l’un des moments forts de notre périple …
Petites infos de contextualisation : d’abord il faut savoir qu’en Colombie, quand tu conduis, tu es OBLIGE soit d’accélérer soit de freiner, et de préférence le plus fort possible. La roue libre n’existe pas, tout comme l’accélération progressive. Ensuite le dépassement par la droite n’est pas répréhensible ; c’est toujours beaucoup plus sympa de zigzaguer entre les voitures, les bus, les camions, et surtout les scooters. Si tu es sur une route où il n’y a personne, ou sur une route où il y a quelqu’un, tu peux rouler au milieu. Celui qui à le plus peur (si peur il y a) s’adapte et se déporte sur la BAU quand elle est tracée. Si elle ne l’est pas il se démerde. Quand tu arrives à un stop, il faut s’annoncer en klaxonnant. L’absence de réponse signifie que tu n’es pas obligé de t’arrêter. Preum’s ! Et pour finir l’utilisation intensive du téléphone au volant (appels, sms, gps, youtube, facebook ou autre) semble une règle qui, elle, est particulièrement respectée par tout un chacun.
Les principes élémentaires étant posés voici le déroulé du fameux trajet de bus :
La personne à la réception de notre hôtel à gentiment téléphoné pour nous à une compagnie de bus pour connaître les horaires du trajet qui nous intéresse. Elle nous trouve un bus dont le départ est prévu pour 17h, ce qui correspond parfaitement à notre plan. A la fin de notre journée, on se rend à l’office de la compagnie en question pour acheter notre billet. Finalement le départ est à 18h, nous avons donc au rdv à 17h30 à l’office pour qu’un taxi nous emmène sur le lieu de départ du bus. Pas de soucis on avait prévu large donc on a le temps d’aller boire un café. A notre retour, la préposée à la vente de billets, une employée chevronnée d’environ 17 ans (seule en boutique), nous fait part d’un « problème sur notre réservation ». Lequel ? On ne le saura jamais mais on ne peut pas prendre le bus prévu. Par contre on peut prendre le suivant, celui de … 20h. Voyant que cela ne nous arrange pas vraiment elle propose de voir avec la compagnie d’à côté si on peut prendre le bus de 18h30. C’est possible mais finalement le départ est à 19h, nous avons donc rdv à 18h30 à l’office pour qu’un taxi nous emmène sur le lieu de départ du bus.
Nous revenons à 18h30 et demandons comment ça se passe pour vérifier que tout est ok. On ne pige pas un seul mot de la réponse … On fait répéter plusieurs fois à nos deux jeunes interlocutrices (ici encore 16/17ans pas plus) mais on ne pige toujours rien car elles ne font pas le moindre effort pour se faire comprendre. Là où on angoisse un peu c’est quand elle nous reprend le billet qu’on vient d’acheter, seule preuve qu’on a payé le voyage. Après un bref mais intense dialogue de sourds, Laurie comprend que les filles viennent avec nous dans le taxi et s’occupent de tout. Cela ne nous plaît pas vraiment mais on n’a pas tellement le choix, et sachant qu’à ce moment-là, on n’est toujours pas vraiment sûrs d’avoir tout compris…
Sur les coups de 18h50, et après avoir longuement discuté avec le chauffeur de taxi qui est visiblement un copain des deux filles, ces dernières nous font signe de monter en voiture. Nous montons donc à l’arrière alors que les filles montent à l’avant (oui toutes les deux sur le siège passager) sans avoir fermé l’agence : bureau ouvert, lumière allumée, mais totalement vide. Bizarre mais soit …
Pour la première fois depuis notre arrivée (et l’unique fois de notre séjour colombien), nous avons vraiment ressenti un gros malaise durant le trajet qui nous sépare de l’arrêt de bus. On s’est fait trimballer sans un mot d’explication dans un coin totalement paumé en dehors de la ville. Le tout dans une nuit noire (en Colombie il fait nuit à 18h) et sans que l’on ne comprenne un traître mot de ce qu’on nous racontait quand on demandait ce qui se passait. On s’est finalement arrêté devant un espèce de bar pourri au bord de la route (toujours sans un mot des deux filles), mal éclairé et apparemment fermé. Personne autour bien évidemment. Le chauffeur et les filles passent des coups de téléphone auxquels on ne comprend pas grand chose si ce n’est que « quelqu’un » sera la dans 15 min. A ce moment là on a sérieusement cru qu’on s’était fait embarqués dans un plan foireux. Mais bon les portières sont ouvertes, si ça pue vraiment on peut toujours se barrer en courant en laissant nos affaires sur place.
Après presque 30 min d’attente l’une des filles se retourne vers nous pour nous expliquer de manière toujours aussi incompréhensible que le bus arrive dans 5 min et que comme on a partagé le taxi avec elles c’est à nous de le payer. Logique … Mais comme on est un peu pressés de s’asseoir dans ce putain de bus on paye sans batailler, on récupère nos sacs, et nous voilà enfin à nos places dans le bus pour effectuer les 4h30 de bus annoncées. Ouf ! Enfin façon de parler parce que le voyage ne fait que débuter… Nous partons déjà 2h30 plus tard que l’heure annoncée au départ, mais bon, on se fait une raison, on reste souple, ça fait partie des aléas du voyage.
Du coup, ce fameux trajet… Pour commencer, au bout de 20 min de route, le gars assis à côté de nous s’est mis à vomir dans le bus. Dans une poche certes, mais ça reste tout de même très agréable grâce au bruit et à l’odeur. On file sur une route plutôt bien entretenue par rapport à d »autres que nous avions pratiquées avant. Du coup on ne comprend pas bien pourquoi on nous a annoncé 4h30 de voyage alors qu’il n’y a que 120 km à parcourir. On se dit que « cool, on va peut être arriver plus tôt que prévu ». Petit excès d’optimisme qui va rapidement se dissiper dès notre entrée sur la route principale. Enfin, la voie … le chemin … le sentier … en terre … avec des trous … gigantesques … Sans exagérer, cette route était davantage composée de trous que de terre. On aurait dit qu’elle avait subi un bombardement intensif et ininterrompu pendant plusieurs années. Peut être que les américains avaient besoin de quelque chose planqué dans le sol… C’est très mystérieux. Du coup la Colombie a décrété que ce serait un Parc National. Bref, on se fait secouer dans tous les sens, on se cogne aux vitres, aux sièges. Nos sacs glissent et se renversent. Impossible de faire quoi que ce soit bien entendu, même pas discuter car un bus qui « roule » sur une route défoncée fait quand même énormément de bruit. On n’envisage pas une seule seconde la possibilité d’essayer de dormir (essaye de faire une sieste dans le Space Mountain …) donc on ne fait RIEN.
Au bout de 45 min le chauffeur s’arrête pour manger. Si si. En s’arrêtant devant le seul « resto » qu’on croise, il se retourne vers les passagers en demandant si quelqu’un veut s’arrêter pour prendre quelque chose ou aller aux toilettes. Et puisque tout le monde dit que non ben il coupe le moteur et va casser une graine. Mais attention, il se va pas au comptoir pour prendre un arrepa … il se met carrément à table et attend qu’un serveur vienne prendre sa commande : entrée, plat, dessert. Sachant qu’on est quand même partis avec 35 min de retard et qu’il nous reste 4h de route, on s’est sentis un peu désemparés …
Quand, au bout d’une vingtaine de minutes, notre chauffeur se sent suffisamment rassasié pour reprendre ses fonctions, nous retournons tous à notre place pour la suite (ou plutôt le début vu qu’on a dû faire 15 km) du périple. Et durant les 4h qui suivirent ce fut une successions d’instants de pur bonheur :
D’abord parce qu’on a subit, littéralement, tout le trajet au son de la variété colombienne des années 70. On aime ou on n’aime pas. Nous on n’aime pas mais le chauffeur, lui, adore visiblement … Pour ceux qui ne connaissent pas, ça ressemble un peu à la musique de la guinguette, style Marcel et son orchestre, avec le côté latino. Chaque morceau raconte à peu près la même chose, c’est à dire une histoire d’amour impossible ou terminée entre un petit gros moustachu (genre sergent Garcia dans Zorro) et un stéréotype de mannequin local qui ressemble vaguement à une poupée gonflable. L’instrument vedette est TOUJOURS l’accordéon. Voilà pour l’ambiance dans le bus. Et c’est fort, très fort, trop fort : impossible de penser à autre chose, de lire (ah ah, comme si on avait pu lire pendant ce trajet) voire même de penser tout simplement, en fonction de l’intensité de la voix du chanteur, et de sa conviction…
Ensuite, il faut savoir que sur cette belle route, lisse et plate comme le parcours du Paris-Dakkar, tu n’es pas seul. Tu rencontres à peu près toutes les 3 min un gros camion qui transporte soit des parpaings, soit des bovins. Des véhicules légers et peu encombrants donc. Lorsqu’il s’agit de les croiser, la vitesse de notre bus peut descendre jusqu’à 0 km/h voire moins car il nous est arrivé de devoir reculer pour laisser la place. Sachant qu’on ne dépasse pas les 15 km/h ça peut sembler léger comme ralentissement mais quand même, à ce moment là tu te dis que finalement 120 bornes à parcourir à cette cadence, ça peut être long.
D’ailleurs pour les moins fortiches en maths : 120 km divisés par 4h30 de route, ça donne une vitesse moyenne de 27 km/h. C’est peu … Et si on renverse le problème : 10 km/h (notre vitesse actuelle) multiplié par 120 km à parcourir ça nous donne un temps de trajet d’environ 9 siècles et demi. En gros on n’est pas arrivés !
Ensuite il t’arrive fréquemment de devoir DOUBLER les camions car, eux, vont encore moins vite que nous (oui c’est possible). Ton coeur va s’arrêter de battre à chaque dépassement … Il faut s’imaginer la nuit, dans le type de chemin décrit avant (à côté, le chemin de Lesgor est une autoroute!), sans aucune lumière en dehors des phares, derrière un poids lourd qui te cache toute la vue (mais ça c’est pas hyper grave puisque de toutes façons on ne voit RIEN) et menace de se renverser à chaque mètre parcouru. Ton objectif est de le doubler à une vitesse maximale possible de 15 à l’heure et 99% du temps dans un virage. Par la droite ou la gauche, ça c’est le chauffeur qui décide de la meilleure tactique. Si tu arrives à imaginer cette situation tu auras un bon aperçu de la majorité de notre parcours dans ce bus…
A environ la moitié du trajet (c’est difficile à estimer vu les conditions) on se fait nous même doubler à fond les ballons par un bus du même type que le nôtre. En le voyant passer jute à côté de nous on se rend compte qu’il s’agit du bus de la première compagnie avec qui nous devions partir, celui dont le départ était prévu à 20h … Un peu les boules de se faire dépasser par un bus qui devait partir 1h après nous mais bon.
Après des heures interminables nous retrouvons enfin une route praticable. On va souffler un peu ? Que nenni ! Notre chauffeur décide de se prendre pour Alain Prost. Les routes ne sont plus défoncées mais toujours aussi sinueuses : un virage à gauche, un virage à droite mais notre conducteur désormais pilote de course prend le chemin le plus court, c’est à dire systématiquement tout droit ! Pourquoi zigzaguer quand on peut aller tout droit … Parce que c’est interdit ? Pas pour Alain Prost ! Parce qu’il y a des gens en sens inverse ? Ils font pareil ! Le gars a quand même réussi l’exploit de doubler 6 camions d’un coup (à contresens donc) sur une distance d’environ 500 m en montée alors que la route effectuait 2 virages sans aucune visibilité ! Je crois que tout le bus s’est arrêté de respirer pendant 1 min … S’il fallait dégager un point positif à la manœuvre, je dirai qu’au moins il n’a pas doublé par la droite …
Et pour finir on se croyait sauvés mais voilà qu’on retombe pour une petite dizaine de km sur les sentiers de terre que l’on avait quitté il y a moins de 30 min. Cette fois-ci il faut rajouter la pluie en prime pour joliment compléter le tableau. Sur le « plat » ça va mais dans les descentes c’est assez glissant … La probabilité de s’enliser est également assez élevée mais heureusement ça n’a pas été notre cas. On est des petits veinards non ? Par contre c’est à ce moment là que le bus de 20h à choisi de nous RE-doubler (il s’était arrêté un peu avant, sans doute pour la pause pipi). C’est pas grave mais un peu vexant … Au passage, la pause pipi dans notre bus c’était un autre concept : on s’arrête quand les gens demandent. Et comme sur le sentiers il n’y a que la forêt qui verdoie et la terre qui poudroie ben on ouvre la portière et se cale devant le bus pour se soulager mais pas trop loin pour ne pas perdre trop de temps. Il est fort probable que si la chose avait été possible, ces messieurs auraient pu faire leurs besoins directement depuis le bus sans qu’il s’arrête.
Les derniers km se firent sans incident notable si l’on exclue la zone de travaux traversée en trombe comme si elle n’avait jamais existé … On arrive finalement avec 2h de retard à notre destination, donc 20 km/h de vitesse moyenne, sous la pluie. Et lorsqu’on parvient finalement à notre hôtel, aux alentours d’1h du mat’, on n’est même pas récompensés par une bonne douche, car il n’y a pas d’eau chaude. La loose totale …
Bref on nous avait dit que ce trajet était difficile et on ne peut que le confirmer ! Après, on nous avait vendu la destination, Popayan, comme « une des plus belles villes coloniales du pays », une ville étudiante toute blanche où il fait bon se promener… Bon, clairement, on est arrivé en se disant que ce trajet « de l’enfer » devait bien valoir le coup au vue de la ville que nous allions découvrir ! Peu de suspense : on a été super déçus ! Certes la ville est blanche, c’est sympa et original, mais clairement pour nous il n’y a rien de plus. C’est une ville où la voiture est reine, pas du tout entretenue, pas du tout mise en valeur, et dont nous avons fait le tour en 2h… Nous pouvons donc conclure que ce plan n’était pas le plus malin qui soit, qu’on nous l’avait sans doute survendu, ou bien que nous avions eu trop d’attente par rapport au trajet parcouru pour y arriver… Peu importe, c’est sans regret que nous quittons Popayan direction Salento !






